samedi 21 avril 2012

Les joies du camping gratuit...

L'Australie est un grand, très grand pays dont la majorité est constitué de déserts. Bon. L'inconvénient, c'est que pour vous rendre d'un endroit à un autre il vous faut avaler sans broncher des milliers de kilomètres. L'avantage, c'est que cela offre une multitude d'endroits où planter votre tente au beau milieu de nulle part.

Mais pour cela, il faut être l'heureux propriétaire d'un Camp6, bible du baroudeur de compétition en Australie (livre rempli de cartes routières et de logos obscurs, répertoriant tous les campings gratuits ou bon marché pour la modique somme de 60 dollars en librairie, 90 avec les illustrations... C'est un peu cher oui. C'est l'Australie.)

Une fois que vous avez compris le fonctionnement de ce gros cahier à spirales et que vous savez où vous vous arrêterez la nuit venue, trois possibilités s'offrent à vous :

- Soit vous tombez sur un camping situé dans un cadre idyllique (90% du temps), et s'il y a un robinet d'eau, là c'est carrément l'Amérique (5% du temps)

- Soit vous vous retrouvez dans un endroit improbable, sans douche, sans eau, sans toilettes ni éléctricité. Si vous êtes chanceux, il se peut que vous tombiez sur Mitch, un vrai de vrai, qui vous proposera de venir prendre une douche chaude et vous fera même visiter sa caravane, si vous avez la chance de posséder quelques atouts bien féminins. Il se peut aussi qu'un jour, vous vous retrouviez à camper à la frontière exacte entre le Territoire du Nord et l'Australie du Sud, où le fuseau horaire change d'une heure et bien sur vous choisirez de planter votre tente du côté où vous dormirez le plus longtemps. Evidemment cette aire de camping gratuite sera située à deux mètres de l'autoroute et lorsque ce ne sera pas un road train (camion long de plusieurs wagons) qui vous réveillera en faisant trembler la terre entière, c'est une vache que vous entendrez meugler au loin. A ce moment là, vous vous demanderez brièvement comment il peut y avoir un élevage bovin en plein désert mais il sera tard, vous viendrez de vous taper une rando de cinq heures sous un soleil de plomb entre 12h et 17h (gros malin que vous êtes), vous aurez donc la flemme de rentrer dans ce genre de débat avec vous-même et vous vous rendormirez comme une masse.

- Enfin, vous craquez complètement, et une fois rien qu'une fois, vous vous offrez un camping grand confort : fini les douches froides à la bouteille d'eau et les pipis derrière un arbre (ou derrière ce que vous pouvez, les arbres étant plutôt du genre timide dans le désert) ; bonjour douches individuelles, et toilettes salvatrices.

MAIS, dans tous les cas, chaque jour et chaque nuit sera un nouveau combat contre la nature australienne. Le combat régulier et lassant, c'est celui que vous mènerez contre les mouches et les moustiques. Les premières n'auront qu'un but en dehors de vous rendre fou : s'introduire à tout prix dans votre nez ou votre bouche, même si cela implique une mort certaine. Les seconds se contenteront de vous dévorer tout cru si vous avez eu le malheur de tarder à vous asperger de RID, l'antimoustique qui sent (à peu près) bon. Ensuite, une nuit ce sera un renard qui attaquera votre campement et se fera un malin plaisir de diperser toutes vos affaires dans le camping, ou bien un petit déjeuner en compagnie de la petite mais non moins dangereuse araignée à dos rouge, ou encore la traversée en voiture de nuages de crickets qui serviront de repas à des miliers de fourmis lorsque vous nettoierez votre voiture. Enfin, et c'est mon pire souvenir, vous vous retrouverez à devoir replier votre campement pendant une invasion de milliers de taons, dont 4 ou 5 seront en permanence posés sur vous en train de vous piquer. Là vous vous mettrez à pleurer, rire, hurler et courir, tout ça à la fois, en désespérant de ne pouvoir trouver de refuge nulle part puisque vous êtes dans ce putain de désert, et qu'il y en a une centaine dans la voiture.

Après les sept plaies d'Egypte, les sept mois en Australie !

Et le pire dans tout ça, c'est qu'une fois que vous avez posé vos fesses dans une auberge bien confortable et sympathique, vous n'attendez que ça de reprendre la route et de vous reprendre une claque par l'hostilité naturelle de ce pays.

A suivre : les joies de l'auberge de jeunesse